C du bidon …

Comme beaucoup de résidents hors-métropole, je regarde « C dans l’air » sur le web avec quelques heures de retard, ce qui fait qu’il m’est systématiquement impossible d’intervenir dans le débat par SMS ou e-mail. Hors, l’émission de ce soir m’a totalement révulsé par la grossièreté des mensonges qui y furent colportés par des intervenants réduits à l’infantilisme … En gros, on attaque des problèmes difficiles (voire très subtils) avec le vocabulaire et le niveau de raisonnement d’un élève de CM2. Hors, cette facon de faire typiquement francaise (vaguement importé de FOX News) est vouée à l’échec (comme l’expliquent très bien les philosophes classiques, un langage pauvre limite la pensée car la pensée a besoin du langage pour etre formulée). Reprenons quelques idées colportées par cette émission:

 

  1. La crise boursière d’hier est due à la panique: c’est violemment faux. La crise d’hier s’inscrit dans un long trend baissier qui a démarré fin décembre en Europe, il y a plusieurs mois en Asie (oui, vous avez bien lu, les bourses asiatiques vont mal, et meme plus mal que les notres!) et depuis presque 6 mois aux USA ou à part le Nasdaq, les indices ont fait du sur-place en 2007. Nous avons un effritement prolongé du CAC 40 depuis le 1er janvier 2008, et bien pire sur les petites capitalisations. Dans un contexte pareil, qui ose encore parler de panique subite sortie de nulle part ? Qui croirait que des gestionnaires de portefeuilles pesant des millions de dollars paniqueraient comme Mme Michu avec son PEA à €2000 ? Non, la baisse commencée en janvier 2008 est une mise à prix du marché concertée entre des acteurs majeurs sur la base d’une récession américaine qui entrainera le monde entier peu à peu et diagnostiquée par une baisse de la consommation due (en partie) aux problèmes du marché du crédit. Donc bien retenir: pour espérer comprendre un phénomène, il faut éviter de le réduire aux excès émotionnels de Mme Michu …
  2. Les pays émergents vont nous sortir de là: ben voyons. Et après, les petits hommes verts vont racheter les dettes subprime par CDOs entiers! Ou bien on les retraitera avec les déchets nucléaires. Soyons sérieux 2 minutes: ces pays sont structurellement faibles, un marché intérieur embryonnaire, une croissance dopée à la corruption et aux backchichs accordés aux ex-membres du Parti, des territoires immenses sans voies de communication, et des bulles boursières alimentées par des petits porteurs qui empruntent pour espérer toucher le jackpot … Et peut-etre vos grand-parents se souviendront que la dernière fois ou beaucoup de gens peu fortunés ont emprunté pour jouer en Bourse, c’était aux USA dans les années 20. Donc 2ème chose à retenir: la crise de 1929 va revenir, mais cette fois en Asie. Marc Fiorentino l’explique surement mieux que moi …
  3. Le CAC 40 n’est pas cher: ou l’art de faire du calcul niveau CM1 pour évaluer des multinationales. Les prévisions de croissance sont faites sur des prévisions de consommation domestique. Or, la consommation domestique est dopée au crédit (rappelons que la population en France est endettée entre 60% et 70%), et vu les gros embètements qui règnent sur ce marché (voir les CBMX sur markit.com), vous déduirez sans problèmes que toutes les jolies prévisions n’ont aucune chance de se réaliser. Et donc la 3ème chose à retenir: la correction boursière depuis début 2008 consiste à réaligner les cours de Bourse sur des prévisions de bénéfices plus réalistes. On s’est déjà beaucoup éloignés des bouffées de panique de Mme Michu, mais ce n’est pas fini!
  4. La Federal Reserve va sauver le système financier: et comment ferait-elle ? C’est généralement une question que les intervenants TV passent sous silence comme si il fallait etre un débile profond pour se la poser. Or, en réalité que peut-elle faire ? Pratiquement rien. La FED, la BCE ou toute autre Banque Centrale ne controle que l’afflux de liquidités à court terme dans les circuits monétaires. En général, quand les taux directeurs sont bas, les taux commerciaux le sont aussi. Et c’est ainsi que les crises de liquidité (ou crises de confiance) sont jugulées. Sauf que maintenant, on a une crise de solvabilité: les grandes banques d’affaires US, l’Union des Banques Suisses ou IKB outre-Rhin n’ont plus rien en trésorerie, parce qu’elles se sont positionnées sur des dérivés de crédit qui se sont révélés illiquides (ce sont des level 3 assets) et qui désormais ne valent plus rien. Comme le PEA de Mme Michu le lendemain du krach internet. Donc 4ème chose à bien comprendre: les banques centrales ne peuvent pas re-solvabiliser des pertes graves. Elles peuvent par contre démolir le niveau de la devise (l’once d’or valait $35 en 1971, $900 en 2008) et laminer ainsi l’épargne de leurs concitoyens …
  5. La crise subprime couterait l’équivalent des pertes immobilières: alors là, tous les lecteurs du Blog Finance savent par coeur que les dérivés de crédit (CDOs, CDS …) représentent un marché qui se chiffre en milliers de milliards de dollars. On n’approfondit pas le sujet.
  6. La Bourse, c’est pour du long terme: vous connaissez tous l’adage bien connu, « un investissement à long terme, c’est un à court terme qui a mal tourné » …

Ce que je trouve particulièrement scandaleux, c’est que pendant que tous ces charlatans s’ébrouent en direct sur leurs inepties infantiles, personne n’explique aux « petits porteurs » (on pourrait parler aussi éventuellement de personnes agées ayant de l’épargne en SICAV) comment couvrir efficacement un portefeuille à l’aide de produits à la baisse efficaces et accessibles au plus grand nombre … Et bien entendu, l’argument sur la rémunération du livret A qui financent les HLM de banlieue, … passons, cela vaut mieux!

(41 commentaires)

  1. Malgré l’heure tardive, je viens de lire un article très intéressant. Je regarde quelque fois cette émission, que j’aime bien à la fois par les sujets et par la prestance de l’animateur. Mais voilà une critique juste et claire. Bravo
    Eric

  2. Encore plus profond dans le culte de l’ignorance, les forums 20-minutes. Où l’on apprend avec étonnement que la crise des subprimes, « c’est la faute à ces salauds d’actionnaires ».

  3. +1 pour ce commentaire de l’émission. C’est sur c’est pas du MOATI ;).
    La question que je me pose c’est qu’elle est l’activité économique qui va pouvoir attirer l’investissement pour compenser cela ?
    L’argument des « simplistes » étaient de dire les marchés asiatiques mais quoi alors ?

  4. l’economie la plus risquee est certainement la chine ; vue sa vitesse de developpement , on peur craindre qu’elle s’est prematurement developpee et donc par consequent , les lois economiques reelles vont leur apprendre a leur depend la dure realite . sa strategie d’avoir accumuler des dollars au lieu d’actifs plus surs sert plus les interets americains que ceux des chinois . si le dollar baisse , donc la richesse chinoise baisse d’autant . l’economie americaine est au bord de la recession , que faut il penser de l’economie chinoise qui est accroc du dollar . il est presque certain qu’un enorme krach des bourses asiatiques  » changhai » interveiendra pendant 2008 . faites vos jeux rien ne va plus

  5. Tout comme Laurent Gosse je regarde « C dans l’air » par internet car je suis à l’étranger. Et comme lui je m’énerve…
    Cette émission est d’ailleurs tout à fait valable sur un tas de sujets, mais lorsqu’on parle économie ou finance ça ne vole vraiment pas haut. On a un sentiment de naïveté et d

  6. personne n’explique aux « petits porteurs » (on pourrait parler aussi éventuellement de personnes agées ayant de l’épargne en SICAV) comment couvrir efficacement un portefeuille à l’aide de produits à la baisse efficaces et accessibles au plus grand nombre .
    A vous de jouer !!!

  7. comme l’a très bien expliqué filiatre
    tant que les epargnants, ne sauront se grouper pour faire valoir leur droits, nous seront juste sans interet
    le vin a un lobbye, les employés ont leur syndicats, les epargnants n’ont rien
    Quand je pense, qu’on a mis fin au calcul automatique du livret A, pour une raison floue, je suis sidéré

  8. personne n’explique aux « petits porteurs » (on pourrait parler aussi éventuellement de personnes agées ayant de l’épargne en SICAV) comment couvrir efficacement un portefeuille à l’aide de produits à la baisse efficaces et accessibles au plus grand nombre
    => je suis d’accord avec fred, ca merite un article 😀

  9. Excellent, un commentaire libérateur et formateur qui responsabilise le lecteur.

  10. Je vous recommande la lecture de mon dernier livre intitulé « La Grande Crise monétaire du XXI e siècle a déjà commencé! » publié récemment aux Editions Jean Cyrille Godefroy qui va exactement dans votre sens. Pierre Leconte

  11. Trés bon analyse de la situation mais que se passerait il si ils disaient que ça va mal?
    En résumé, ou faut il investir pour 2008?

  12. Un très bon article du New York Times qui explique le pessimisme ambiant. « Certains succès économiques (…) pourraient se révéler être des mirages » écrit David Leonhardt. Il y a un doute sur la réalité de la croissance des années passées. On commence à se demander si le moteur de la croissance n’a pas été la dette. La crise actuelle ne serait pas un simple trou d’air, mais un retour à la réalité.
    Il est vrai que les chiffres économiques ne sont pas particulièrement mauvais, et que les bourses sont à des niveaux historiquement bas. Mais on peut aussi mettre en doute la soutenabilité de la croissance actuelle.
    http://www.nakedcapitalism.com/2008/01/david-leonhardt-was-great-moderation.html

  13. Commentaire très intéressant et très juste. Je n’ai pas vu l’émission, mais en ai vu d’autres sur la bourse, la crise du subprime, etc… Force est de constater que les français ont une culture financière et économique globalement limitée (d’où mon activité de formation, même si le domaine est bien restreint). Mais la question que je me pose : quelqu’un maîtrise-t’il réellement tous les rouages du système financier dans son ensemble ? Un système devenu tellement complexe qu’il fait peur…, surtout quand il s’enrhume… Et quand on a peur… Bref, encore plus que jamais, il semble que notre système mondial repose sur la confiance et l’optimisme. Dès qu’un rouage se grippe, c’est la panique!

  14. Il y a par contre un point sur lequel je ne suis pas d’accord, c’est le niveau de valorisation du marché. D’un point de vue historique, et même en intégrant des révisions bénéficiaires pour 2008, le marché n’est dans son ensemble pas cher. Il ne l’a plus été depuis la bulle internet, et le rebond de ces dernières années, bien qu’important, n’a fait qu’accompagner la hausse des bénéfices.
    Un élément qui ne veut pas dire bien sûr que les marchés ne vont pas continuer à baisser à CT… mais je reste persuadé que sauf crise mondiale majeure, nous sommes sur plus sur des niveaux d’achat que de vente dans une optique MT/LT

  15. Merci pour tous ces commentaires positifs! Je les lis seulement maintenant car je reviens de chez mon dentiste et ma machoire pèse aux environs de 50 kilos rapport à l’anesthésie …
    Plus sérieusement, je vais essayer de vous faire un topo sur la couverture des portefeuilles, mais il est indispensable de lire au moins un livre sérieux sur ce sujet ou bien de télécharger des notes de cours universitaires là-dessus, histoire d’avoir un peu de bases théoriques avant d’attaquer les problèmes pratiques.

  16. « Or, la consommation domestique est dopée au crédit (rappelons que la population en France est endettée entre 60% et 70%) » : 100 % d’accord et c’est une des clés du pb
    Si les consommateurs consommaient moins du fait de la baisse de leur pouvoir d’achat, suite à la stratégie indusstrielle des grands groupes, les licenciements, les délocalisations notamment , les entreprises seraient plus tentées de changer de cap, leurs clients réduisant leurs dépenses, hors même ceux pour qui le pouvoir d’achat baisse, consomment, parfois même à tour de bras ! les régles de l’economie s’en trouvent déréglées et l’équilibre est rompu

  17. Article aussi nulle que l’émission :
    – le trend baissier a commencé en juillet 2007, nous sommes à -25% sur les big caps et -40% sur les small
    – les pays émergents ont des liquidités importantes et investissent dans les pays occidentaux (fonds souverains russes ou arabes) donc participeront à leur profit à la stabilisation du système financier en achetant des actifs décotés
    – la valorisation des actions est actuellement sur un niveau très faible (relativement aux fonds propres des sociétés et pas seulement aux profits). Certaines small caps valent moins que leurs fonds propres, ou autant que leur cash.
    – la réserve fédérale participe à la stabilisation par ses injections de liquidité (même si cela crée de l’inflation, ce qui d’ailleurs va bien aider les emprunteurs américains)
    – les CDO repose sur des actifs qui ont une valeur et il n’y aura pas 100% de pertes, même sur les RMBS, puisque les maisons seront vendues (le marché immo américain ne baisse que de 5% en moyenne)
    Mais je comprends que si vous êtes vendeurs, il est préférable de le voir continuer baisser…..

  18. Commencons par un peu d’orthographe: « article », c’est masculin, donc mon article est « nul » et pas « nulle » …
    Je ne réponds qu’à la dernière pique parce qu’elle me donne l’occasion de citer une référence sérieuse que j’aurais du de toutes facons mettre dans le texte, à savoir un papier de Paul Krugman qui explique le malaise autour des dérivés de crédit qui « ont une valeur »:
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1509
    Cet ignorant béotien (ex-collègue de Bernanke a Princeton, excusez du peu) parle tout de meme « d’une énorme bulle immobilière au milieu de la décennie. Pour revenir à un ratio historiquement normal entre le prix des logements et les loyers, le prix moyen devrait chuter d

  19. Laurent, depuis 3 jours, nous dépassons les 10 000 pages lues quotidiennes, bravo !!
    … même si cela nous vaut un échantillon « plus large » de lecteurs .
    (et je reste polie),
    à toi comme à moi 😉
    Bravo à tous en tout cas , pour votre suivi de l’actu !

  20. @ Elisabeth :
    > Si les consommateurs consommaient moins du fait de la baisse de leur pouvoir d’achat, suite à la stratégie indusstrielle des grands groupes, les licenciements, les délocalisations notamment , les entreprises seraient plus tentées de changer de cap, leurs clients réduisant leurs dépenses, or même ceux pour qui le pouvoir d’achat baisse, consomment, parfois même à tour de bras ! les régles de l’economie s’en trouvent déréglées et l’équilibre est rompu
    Si je comprends bien, vous faites à l’envers le raisonnement d’Henry Ford qui s’est énormément enrichi en payant bien ses ouvriers.
    C’est clair, mais on ne peut emprunter éternellement à moins que les banques ne continuent à faire elles-mêmes de l’argent « privé » ; cela pourrait-il durer ?

  21. Bonjour,
    D’abord merci pour ce site il est très bien. Une réflexion rigoureuse c’est tellement rare 😉
    La discussion sur le « pourquoi il y a un tel déficit de notions économiques » tient à la nature du régime français et la construction de son pouvoir dans son histoire. L’absence d’information est une forme de pouvoir ne nous voilons pas la face.
    Nous pouvons aussi penser que si seul des banquiers viennent à C dans l’air c’est qu’il y a un déficit de compétence, dans notre cher si « petit » pays.
    Et puis de toute façon quand on fait des analyses la vérité vient de la discussion et de l

  22. à Dadounet
    « Si je comprends bien, vous faites à l’envers le raisonnement d’Henry Ford qui s’est énormément enrichi en payant bien ses ouvriers. » en quelque sorte , oui, et on peut raisonner à plus grande échelle :
    le boucher achetant des voitures, et les salariés de chez Peugeot achetant de la viande 🙂 , en fiasant simple.
    Quand on pense que l’on reçoit avant Noel des offres pour payer ses cadeaux à crédit, et qu’il y en a plein qui marchent !!!
    des canapés en cuir payés en 60 mois par mensualité de 30 euros , par exemple,
    là aussi, il faudrait une « éducation » economique, car la crise des subprime a pu « prendre » « grâce » à des comportements de ce type !

  23. @Elisabeth :
    On est d’accord, mais si les banquiers nationaux ou la Fed émettent du papier hors de toute logique avec l’économie réelle, pourquoi les banques privées ne le feraient-elles pas ?
    Ou se situe la limite ?
    A quoi est-elle due ?
    Et s’il n’y en a pas, alors prospère yop là boum, non ?

  24. à Elizabeth et Laurent « nous dépassons les 10 000 pages lues quotidiennes, bravo !! »
    C’est parceque certains relisent 10 fois la même page pour comprendre… 😉
    La chine croule sous les dollars$ dévalués…
    La Russie proposera le rouble comme future monnaie de référence…

  25. à Elizabeth et Laurent « nous dépassons les 10 000 pages lues quotidiennes, bravo !! »
    C’est parceque certains relisent 10 fois la même page pour comprendre… 😉
    La chine croule sous les dollars$ dévalués…
    La Russie proposera le rouble comme future monnaie de référence…

  26. @Dadounet
    J’aime bcp le « prospère yop là boum » 🙂
    au 20 eme siècle, on achetait quand on avait l’argent sonnant et loin d’être très trébuchant
    Désormais, on achete quand on a l’autorisation de credit …
    pas vrai ?

  27. Tout à fait.
    Ma question, c’est : a-t-on tort ?
    Après tout, si les banques privées peuvent émettre de l’argent, les banques nationales – et en tous cas la Fed -émettre du papier permettant de tapisser toute la Chine, doit-on vraiment ne dépenser que l’argent qu’on a déjà ou celui qu’on pourra rembourser ?
    Pouvons-nous maintenant éviter les ennuis tout en dépensant plus que nous ne gagnons ?
    Après tout, si on a abandonné « la relique barbare » de l’or, c’est bien pour que la rareté de la monnaie ne puisse ralentir l’économie ; si la confiance est suffisante, ils ont raison, et nous tort.
    Bon, la dernière fois que je me suis posé ce genre de question, c’était à propos d’Enron, ébahi par leurs résultats, juste avant la faillite…

  28. c ‘est une belle connerie d’ailleurs cette parité, comment on a pu laissé faire ca?

  29. Le pire c’est que personne ne s’interroge sur le fait qu’une entreprise qui perd 4,9 milliards d’euros du jour au lendemain non seulement ne s’effondre pas mais arrive même à dégager des bénéfices.
    Ca en dit long sur les profits colossaux et indécents du secteur bancaire.

  30. Il n’est pas certain que la SG est dévoilée toutes ses pertes.
    La valorisation des actifs risqués des banques fait débat
    Selon les analystes de CreditSights, les méthodes de valorisation des actifs affectés par le « subprime », et logés dans les bilans des banques, diffèrent. Cela fait apparaître des écarts importants dans certains cas, dont celui de la Société Générale.
    Les analystes rivalisent d’arguments pour affirmer que les banques n’ont pas déprécié suffisamment leurs stocks de produits structurés de crédit. Ceux de l’institut de recherche CreditSights pointent plutôt les disparités dans les modèles utilisés par les banques européennes pour valoriser leurs CDO d’ABS, ces fonds qui regroupent des titres adossés à de la dette, eux-mêmes redécoupés en tranches par types de risques. Selon CreditSights, les paramètres utilisés par les banques pour valoriser leurs portefeuilles varient d’un établissement à l’autre, selon le degré de conservatisme retenu. Les différences sont plus sensibles pour les tranches « super senior » des CDO d’ABS, perçues comme les moins risquées, mais qui se sont avérées très atteintes par la crise de liquidité.
    En appliquant une seule et même méthode, conservatrice, à toutes les banques, certains établissements ressortent comme moins prudents que d’autres. Ainsi, UBS, Royal Bank of Scotland (RBS), la Société Générale ou Barclays ont passé des dépréciations insuffisantes, aux yeux de CreditSights. L’écart entre les chiffres annoncés et les estimations de l’institut varie même de 1 à 6 milliards de dollars, selon les scénarios : « Barclays, RBS et Société Générale conservent plus de 70 % de la valeur faciale de leurs tranches super senior de CDO d’ABS (mezzanine incluse), tandis que Fortis est à 55 %. La différence est encore plus frappante pour les tranches mezzanines, qui sont conservées à hauteur de 20 % de leur valeur faciale chez Dresdner, contre 80 % chez Société Générale. »
    Les écarts subsistent
    Les critères appliqués et la nature des actifs diffèrent néanmoins selon les banques, en fonction du point d’attachement (le seuil au-delà duquel l’ensemble de la tranche commence à subir des pertes), des couvertures achetées, du sous-jacent – le plus souvent du crédit immobilier -, ou de l’antériorité du crédit sous-jacent. Mais, même en tenant compte de ces précautions, les écarts subsistent.
    Ainsi, les dépréciations passées en 2007 par Barclays sont jugées « plutôt faibles » par rapport à son exposition aux CDO d’ABS. La banque pourrait ainsi devoir procéder à des réajustements de valeur au premier trimestre. Le Crédit Agricole pourrait de son côté devoir déprécier à nouveau en 2008, mais modérément. Cependant, « ses points d’attachement sont généralement élevés », contrairement à ceux de la Société Générale, qui sont sous la moyenne. « SocGen devrait déprécier à nouveau en 2008 », estime CreditSights.
    RBS conserve la part la plus importante au sein des banques européennes de la valeur faciale de ces tranches, à 79 %. « Il est difficile de savoir si cela reflète une politique moins conservatrice ou une meilleure qualité de son bilan », s’interrogent les analystes. UBS, plus exposé, devrait de nouveau déprécier « bien plus de 3 milliards de dollars au premier trimestre, et l’écart entre ses chiffres et notre modèle est actuellement de 6 milliards de dollars » . Fortis en revanche « est la seule banque de l’étude à avoir déprécié davantage que ce qu’exigeait notre modèle ».
    http://www.lesechos.fr/info/finance/4704170.htm

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