Le basculement de mois est parfois plus qu’un simple changement de calendrier. Depuis le 1er juillet 2026, un ensemble de dispositions fiscales est entré en application, touchant directement l’épargne, les placements et la transmission du patrimoine de millions de Français. Certains ajustements sont techniques, d’autres franchement structurants pour votre budget. Le point complet sur les cinq règles à connaître absolument, avec des exemples concrets pour mesurer l’impact réel sur votre situation.
1. Le plafond du Livret A relevé : une opportunité à saisir rapidement
Le gouvernement a confirmé le relèvement du plafond de dépôt du Livret A à 25 000 euros pour les particuliers, contre 22 950 euros auparavant. Cette hausse, effective depuis le 1er juillet 2026, permet à chaque épargnant de loger davantage de liquidités sur un support totalement défiscalisé. Les intérêts restent exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, quel que soit le niveau de revenus.
Concrètement, un épargnant dont le Livret A était déjà au plafond peut désormais y verser jusqu’à 2 050 euros supplémentaires. Au taux actuel, l’intérêt annuel généré sur cette enveloppe additionnelle représente un gain net non négligeable, entièrement hors du regard du fisc. Pour les foyers qui utilisaient le Livret A comme réserve de liquidités en attendant de placer sur d’autres supports, cette marge supplémentaire est immédiatement utilisable.
À noter : le plafond du Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) reste inchangé à ce stade, fixé à 12 000 euros. La combinaison des deux livrets permet donc à un épargnant de loger jusqu’à 37 000 euros en totale exonération fiscale.
2. Flat tax et revenus du capital : un taux retouché pour certains profils
Le prélèvement forfaitaire unique (PFU), plus connu sous le nom de flat tax, voit son architecture légèrement modifiée à compter du 1er juillet 2026. Si le taux global de 30 % (comprenant 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux) reste la référence pour la majorité des épargnants, une disposition nouvelle cible les contribuables dont les revenus du patrimoine dépassent un certain seuil annuel.
Pour ces profils, une contribution additionnelle s’applique sur la fraction des revenus financiers excédant ce plancher. En pratique, les détenteurs de portefeuilles boursiers importants, de contrats de capitalisation ou d’importants revenus fonciers mobiliers sont les premiers concernés. Si votre situation entre dans cette catégorie, l’arbitrage entre le PFU et l’imposition au barème progressif mérite d’être recalculé avec votre conseiller fiscal, car la décision optimale peut avoir changé depuis l’année dernière.
Pour les épargnants aux revenus modestes ou intermédiaires, dont les revenus du capital restent en dessous des seuils concernés, rien ne change dans l’immédiat. La flat tax à 30 % continue de s’appliquer sans modification sur les dividendes, les intérêts et les plus-values de cession de valeurs mobilières.
3. Assurance-vie : nouvelles règles sur les versements après 70 ans
L’assurance-vie reste l’enveloppe patrimoniale préférée des Français, mais les règles applicables aux versements effectués après 70 ans ont été précisées par la réforme de juillet 2026. Jusqu’ici, les primes versées après cet âge bénéficiaient d’un abattement global de 30 500 euros (tous bénéficiaires confondus) avant taxation aux droits de succession, tandis que les plus-values capitalisées restaient exonérées.
La nouvelle disposition encadre plus strictement la notion de « versement tardif » en cas de contrat ouvert peu de temps avant le décès. Les contrats souscrits dans les trois dernières années de vie de l’assuré et présentant des versements importants après 70 ans pourront faire l’objet d’une requalification fiscale par l’administration, si ces versements sont jugés manifestement déconnectés d’un projet d’épargne long terme.
Pour les épargnants ayant souscrit leur contrat depuis de nombreuses années, cette évolution ne change rien à leur situation. En revanche, pour ceux qui envisagent d’ouvrir un nouveau contrat d’assurance-vie à un âge avancé dans un objectif de transmission, le conseil d’un notaire ou d’un conseiller en gestion de patrimoine est désormais encore plus nécessaire avant tout versement substantiel.
4. Plan d’Épargne Retraite : un déblocage anticipé élargi
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) gagne en souplesse depuis le 1er juillet 2026. Aux cas de déblocage anticipé déjà existants (invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire), s’ajoute désormais un nouveau motif : l’acquisition d’une résidence principale dans les zones tendues.
Concrètement, un épargnant qui souhaite acheter sa première résidence principale dans une commune classée en zone A ou A bis peut demander le déblocage anticipé de tout ou partie de son PER pour financer cet achat, sans attendre l’âge de la retraite. Le capital ainsi débloqué reste soumis à l’impôt sur le revenu (pour la part correspondant aux versements déductibles), mais aucune pénalité supplémentaire n’est appliquée.
Cette disposition concerne particulièrement les actifs en milieu de carrière, souvent bloqués entre des prix immobiliers élevés dans les grandes métropoles et une épargne retraite déjà constituée qu’ils ne pouvaient pas mobiliser. Le PER devient ainsi un outil de financement immobilier complémentaire, en plus de sa vocation première de constitution d’une rente ou d’un capital à la retraite. Il convient néanmoins de mesurer l’impact fiscal au moment du déblocage avant de prendre cette décision, car les sommes versées à la sortie s’ajoutent aux revenus imposables de l’année concernée.
5. Transmission et droits de donation : les abattements réindexés
Dernier volet de la réforme, et non des moindres : les abattements applicables aux donations entre parents et enfants ont été réindexés sur l’inflation à compter du 1er juillet 2026. L’abattement applicable en ligne directe, jusqu’ici fixé à 100 000 euros par parent et par enfant, est porté à un niveau légèrement supérieur pour tenir compte de la hausse des prix constatée sur les dernières années.
Cette revalorisation était réclamée de longue date par les notaires et les associations de défense des épargnants, qui soulignaient que le montant n’avait pas été ajusté depuis de nombreuses années, perdant ainsi une part significative de sa valeur réelle. En pratique, les familles qui envisagent une donation dans les prochains mois ont tout intérêt à ne pas attendre : les nouveaux plafonds s’appliquent dès maintenant aux actes enregistrés ou déclarés à partir du 1er juillet 2026.
Il est utile de rappeler que la règle du « glissement décennal » reste en vigueur : chaque donateur peut renouveler son abattement tous les quinze ans. Pour les familles ayant déjà réalisé une donation depuis plus de quinze ans, la fenêtre est donc rouverte pour transmettre à nouveau dans les meilleures conditions fiscales possibles.
Par ailleurs, les donations dites « Sarkozy » (dons familiaux de sommes d’argent, exonérés dans la limite d’un plafond spécifique entre ascendants et descendants majeurs) voient également leur plafond légèrement relevé, en cohérence avec la logique de réindexation portée par la réforme.
Face à l’ensemble de ces changements, la première étape consiste à faire le point sur votre propre situation : vérifier si vos plafonds de livrets sont bien maximisés, reconsidérer l’arbitrage fiscal sur vos revenus du capital, et, si vous approchez d’un projet immobilier ou d’une transmission patrimoniale, consulter un professionnel avant de prendre toute décision irréversible. Les nouvelles règles sont en vigueur depuis hier. L’adaptation, elle, ne peut pas attendre.

