Livret A gelé à 3 % : faut-il basculer vers les fonds monétaires cet été ?
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Livret A gelé à 3 % : faut-il basculer vers les fonds monétaires cet été ?

Le Livret A n’a pas bougé depuis plusieurs mois, et il ne bougera pas de sitôt : le taux de 3 % est maintenu jusqu’à la prochaine révision prévue en février 2027. Pendant ce temps, les fonds monétaires, longtemps oubliés des épargnants français, ont retrouvé une attractivité réelle à mesure que la Banque centrale européenne relevait ses taux directeurs. Résultat : la question du transfert d’une partie de son épargne vers ces supports s’invite dans de nombreux foyers avant la trêve estivale. Rendement, liquidité, fiscalité, risque… voici ce qu’il faut peser avant de décider.

Le Livret A à 3 % : un taux stable mais une rémunération nette difficile à battre pour les petits montants

Le premier argument du Livret A reste sa simplicité absolue. Le taux affiché est le taux perçu : aucune imposition, aucun prélèvement social. Les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ce qui constitue un avantage fiscal que peu de placements peuvent égaler à ce niveau d’accessibilité.

Pour un épargnant dont le taux marginal d’imposition (TMI) est de 30 %, obtenir l’équivalent de 3 % net sur un produit fiscalisé nécessiterait un rendement brut d’environ 4,3 % une fois les prélèvements sociaux de 17,2 % intégrés. Pour un contribuable au TMI de 41 %, ce seuil d’équivalence monte encore. Autrement dit, sur le seul critère fiscal, le Livret A conserve un avantage structurel non négligeable.

Deuxième atout : la liquidité totale. Les fonds sont disponibles à tout moment, virés sur le compte courant généralement sous 24 à 72 heures selon l’établissement. Pour une épargne de précaution destinée à couvrir des imprévus, ce paramètre pèse lourd dans la balance.

Troisième point souvent sous-estimé : le plafond. Le Livret A est plafonné à 22 950 euros pour un particulier. Au-delà, l’épargnant doit de toute façon diversifier vers d’autres supports. Pour les patrimoines plus conséquents, la comparaison avec les fonds monétaires devient donc quasi incontournable.

Fonds monétaires : des rendements redevenus compétitifs, mais une fiscalité à ne pas négliger

Les fonds monétaires sont des organismes de placement collectif (OPC) qui investissent sur des instruments de taux à très court terme : bons du Trésor, certificats de dépôt, billets de trésorerie et dépôts à terme. Leur rendement suit de près le taux €STR (Euro Short-Term Rate), l’indice de référence du marché monétaire en zone euro, ou le taux EONIA qu’il a remplacé.

Depuis le cycle de hausse des taux de la BCE entamé en 2022 et partiellement inversé en 2024-2025, ces fonds affichent des performances annualisées brutes qui se situent dans une fourchette comprise entre 2,5 % et 3,5 % environ selon les fonds et les périodes récentes, certains fonds très bien positionnés ayant temporairement dépassé le Livret A en termes de rendement brut. Mais le mot clé ici est brut.

Les gains générés par un fonds monétaire sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, ou « flat tax », qui comprend 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Un épargnant qui opte pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu peut parfois obtenir un traitement plus favorable si son TMI est inférieur à 11 %, mais pour la grande majorité des épargnants actifs, c’est la flat tax à 30 % qui s’applique.

Concrètement, un fonds monétaire affichant un rendement brut de 3,2 % ne délivre que 2,24 % net après flat tax. Un fonds à 3,5 % brut tombe à 2,45 % net. Pour retrouver l’équivalent du Livret A à 3 % net, il faudrait donc un rendement brut d’environ 4,3 %. Ce niveau n’est pas impossible dans un contexte de taux élevés, mais il n’est pas garanti non plus, d’autant que la BCE a amorcé un cycle d’assouplissement qui pèse mécaniquement sur les rendements monétaires.

Il faut également tenir compte des frais de gestion annuels du fonds, généralement compris entre 0,05 % et 0,20 % pour les fonds indiciels accessibles en ligne, mais pouvant atteindre 0,3 % à 0,5 % sur certains fonds actifs distribués par des réseaux bancaires traditionnels. Ces frais viennent réduire d’autant le rendement net réel.

Liquidité, accessibilité et cas d’usage : choisir selon son profil d’épargnant

La liquidité des fonds monétaires est généralement bonne, mais elle n’atteint pas la fluidité du Livret A. Un rachat sur un fonds monétaire peut prendre deux à cinq jours ouvrés selon le fonds et la plateforme. Pour une épargne de précaution immédiatement mobilisable, ce délai peut représenter une contrainte réelle en cas d’urgence.

En revanche, les fonds monétaires ne sont soumis à aucun plafond de versement. Un épargnant disposant de 100 000 euros à placer sur un horizon de six à douze mois peut y loger l’intégralité de la somme, ce qu’aucun Livret A ni Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) ne permettrait.

Pour les épargnants qui disposent d’un Plan d’Épargne en Actions (PEA) ou d’une assurance-vie, une autre option mérite d’être considérée : les fonds monétaires logés au sein d’une enveloppe fiscale existante. Dans le cadre d’une assurance-vie de plus de huit ans, la fiscalité allégée sur les retraits (abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple) peut rendre un fonds monétaire plus attractif qu’en compte-titres ordinaire, surtout si le contrat présente des frais de gestion raisonnables.

Pour un PEA, les fonds monétaires ne sont généralement pas éligibles en tant que tels, sauf dans certaines configurations spécifiques. Il vaut mieux ne pas partir sur cette hypothèse sans vérifier les conditions du contrat.

La question de la garantie du capital mérite aussi d’être posée. Le Livret A est garanti par l’État français : le capital ne peut pas reculer. Un fonds monétaire, bien que classé parmi les placements les moins risqués de la gamme, n’offre aucune garantie légale du capital. Le risque de perte est très faible dans des conditions normales de marché, mais il existe théoriquement. En cas de crise de liquidité sévère sur les marchés de taux courts, un fonds monétaire peut temporairement voir sa valeur liquidative baisser, même marginalement.

Pour les épargnants dont l’horizon est court (moins de trois mois), le Livret A conserve un avantage clair : disponibilité immédiate, rendement net garanti, zéro frais, zéro fiscalité. Pour ceux qui cherchent à faire travailler une trésorerie importante sur six mois à deux ans, les fonds monétaires entrent en compétition directe, à condition de comparer les rendements nets de frais et de fiscalité, et non les taux bruts affichés en gros sur les supports marketing.

Un paramètre supplémentaire à surveiller d’ici la fin de l’année : l’évolution du taux €STR. Si la BCE poursuit son cycle de baisse des taux directeurs, les fonds monétaires verront mécaniquement leur rendement brut reculer dans les mois qui viennent. Le Livret A, lui, restera à 3 % jusqu’en février 2027, sauf décision exceptionnelle des autorités françaises. Dans un scénario de baisse des taux européens, l’avantage comparatif du Livret A se renforcerait donc progressivement au second semestre 2026.

Pour les montants qui dépassent le plafond du Livret A et du LDDS combinés (soit environ 34 950 euros pour un particulier cumulant les deux livrets), la question ne se pose plus en termes de choix exclusif mais de complémentarité. Maximiser les deux livrets réglementés en priorité, puis orienter l’excédent vers un fonds monétaire logé si possible dans une enveloppe fiscale optimisée : c’est l’approche que la plupart des conseillers patrimoniaux recommandent dans le contexte de taux actuel.

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