Mozambique : Rosneft et ExxonMobil partenaires dans le gaz dans un pays prometteur … mais instable

Le Mozambique, un pays à surveiller de près avais-je dit récemment. Les faits semblent me donner un tantinet raison puisque que c’est ni plus ni moins que les géantes majors pétrolières russe Rosneft et américaine ExxonMobil qui viennent de remporter ensemble les licences d’exploitation de trois blocs au Mozambique, pays doté d‘abondantes ressources en gaz, relativement peu exploitées à l’heure actuelle.

Des contrats d’un enjeu d’autant plus important que les découvertes de gaz offshore au Mozambique pourraient devenir une ressource stratégique pour le futur approvisionnement en énergie de l’Afrique du Sud, lequel doit  faire face à une crise énergétique sévère. Russes et Américains, pour une fois réunis visent donc via cet accord bien plus loin que le Mozambique mais le formidable marché offert par la pénurie sud-africaine, laquelle affecte l’industrie minière du pays. C’est donc tout un processus en cascade qui est en œuvre dans une stratégie mûrement réfléchie et riche d’intérêts à plus d’un titre.

Dans un communiqué, Rosneft a souligné que « cette décision de l’Institut national du pétrole du Mozambique » pour des gisements dans le bassin d’Angoche et le delta du Zambèze « lui donnait accès à des actifs de haute qualité, tout en minimisant les risques liés aux projets d’exploration en territoire inexploité en s’alliant avec les leaders mondiaux du secteur ». Le géant énergétique russe a par ailleurs ajouté qu’ExxonMobil est amené à devenir l’opérateur de ce projet, a précisé le groupe russe.

A noter que cet accord intervient alors que les deux groupes, liés par un partenariat stratégique, ont dû renoncer à certains projets dans l’Arctique en raison des sanctions occidentales visant Rosneft. Le fait que le patron du groupe russe, Igor Setchine, soit un proche de Vladimir Poutine n’arrangeant rien en affaire. Toutefois, ses relations au Mozambique ont pu largement mettre de l’huile dans les rouages diplomatiques et financiers …. puisque qu’il fut traducteur de portugais dans le pays dans les années 1980 comme traducteur de portugais. Des arguments de poids et d‘intéressantes portes ouvertes très certainement …

ExxonMobil est pour sa part confronté à certaines difficultés contractuelles et financières en Russie. Au printemps dernier, il a en
effet saisi le tribunal international d’arbitrage de Stockholm en vue d’obtenir le remboursement d’une partie des charges fiscales
qu’il a versé sur le projet Sakhaline-1 dans l’Extrême Orient russe. Il estime que près de 500 millions de dollars auraient été versés à tort.

– Mozambique : le secteur pétrolier fortement dépendant de l’instabilité politique … et vice-versa ?

Début septembre, nous indiquions que la vigilance était de mise  alors que l’avenir du secteur du gaz au Mozambique – qui a certes les capacités d’être le troisième plus grand producteur au monde selon Price Waterhouse Cooper (PWC) –  se joue sur la crédibilité du gouvernement et sur sa capacité à sécuriser les investissements.

L’instabilité générée depuis 2013 par l’ancienne rébellion reconvertie en parti d’opposition, la Renamo, est dotée d’un enjeu stratégique on ne peut plus important. Et ce, d’autant plus que tant que cet épineux dossier ne sera pas résolu, beaucoup d’investissement demeureront en attente.

De quoi inciter certaines majors pétrolières à semer la zizanie voire même le chaos pour rafler la mise des licences pétrolières au passage ou éviter que certains concurrents n’y accèdent ? … il n’est pas interdit d’y penser. Alors même que lors du Forum Paix et sécurité en Afrique qui s’est tenu en décembre à Dakar en décembre 2014, le Général de Division Dominique Rakotozafy, Ministre de la Défense Nationale de  Madagascar en personne m’avait alerté sur les dangers  que des mouvements de rébellion et de violence pourraient représenter pour la région.

Avec des réserves immenses – 5,6 trillions de mètres cubes, les plus importantes d’Afrique Subsaharienne – le gaz est considéré comme le futur secteur porteur de l’économie mozambicaine.

Néanmoins, le développement des infrastructures nécessaires à son exportation exige d’attirer de très lourds investissements étrangers. Un des principaux défis qui se pose au nouveau président mozambicain intronisé le 15 janvier et à son ministre Pedro Couto. Et ce, d’autant plus dans un contexte international de baisse des cours du pétrole et de réductions des grands projets d’infrastructures gazières.

Selon Joao Martins, consultant de Price Waterhouse Cooper (PWC) au Mozambique,  25 milliards de dollars seront nécessaires pour financer quatre unités de production de GNL [gaz naturel liquéfié]. Soit presque deux fois le PIB mozambicain.

La liquéfaction du gaz extrait, étape indispensable pour permettre son exportation par voie maritime, fait appel à de coûteuses technologies de pointe. Les premières exportations sont attendues à l’horizon 2019, selon les prévisions les plus optimistes.

Quelques jours avant la fin 2014, un décret-loi a permis le lancement des projets par l’italien ENI et par l’américain Anadarko d’usines de production de gaz naturel liquéfié (GNL) et de terminaux d’exportation dans la province de Cabo-Delgado (nord). Ce décret a été exigé par les géants gaziers en vue de rassurer les investisseurs sur des questions de stabilité financière et fiscale, alors que le pays est classé 127e au classement « Doing Business 2015 » de la Banque Mondiale.

Sources : AFP, Le Monde, MAP

Elisabeth Studer – 29 octobre 2015 – www.leblogfinance.com

A lire également :

Afrique du Sud : gaz du Mozambique, aubaine ou nouveau conflit géopolitique en vue ?

(23 commentaires)

  1. Le Mozambique, futur allié stratégique de la France dans l’Océan indien ?
    Par Adrien Barbier (contributeur Le Monde Afrique, Maputo)
    Le Monde.fr Le 30.10.2015 à 11h43 • Mis à jour le 30.10.2015 à 16h28
    Paris poursuit son offensive de charme auprès de son « premier voisin dans l’Océan indien ». Trois préfets, deux ambassadeurs, et un commandant de l’armée – soit l’intégralité des représentants de l’Etat français dans la zone – ont terminé jeudi 29 octobre une visite de plusieurs jours au Mozambique destinée à donner un coup de fouet aux relations bilatérales. Le pays d’Afrique australe est un partenaire de choix pour la France, dont la souveraineté est régulièrement contestée dans le canal du Mozambique, riche en ressources énergétiques.
    « C’est une visite exceptionnelle, la première fois que les trois préfets de la Réunion, de Mayotte, et des TAAF [Terres antarctiques et australes] se déplacent de concert dans un pays de la région », a salué le nouvel ambassadeur de France à Maputo, Bruno Clerc, venu donner l’impulsion à de nouveaux projets de coopération et faire bénéficier le Mozambique des fonds européens (FED et FEDER) que ces régions ultrapériphériques de l’UE sont en mesure d’activer.
    La délégation entend capitaliser sur la visite à Paris du président mozambicain Filipe Nyusi en juillet dernier. Point culminant de l’essor récent des relations bilatérales, celle-ci n’a pas débouché sur la signature d’accords ambitieux. « On est aussi là pour insister, car on attend toujours le retour [des autorités mozambicaines] sur certaines propositions », confie, en marge, un membre de la délégation.
    Le canal du Mozambique, voie stratégique
    S’il n’est pas assumé comme tel, le volet maritime de la visite apparaît de loin comme prioritaire. La France occupe une position de choix dans cette région stratégique, qui voit passer annuellement 30 % du trafic mondial de pétroliers. Grâce aux Iles Eparses, des îlots inhabités et ponctuellement occupés par des missions scientifiques qui sont administrativement rattachées aux TAAF, l’Etat détient une Zone économique exclusive (ZEE) de 636 000 km2. Soit une bonne moitié du canal. « Le Mozambique est appelé à se développer, le trafic maritime va se précipiter, donc il y a un intérêt à les aider », a estimé le commandant des Forces armées dans la zone sud de l’Océan Indien (FAZSOI).
    Des points abordés – pêche illégale, pollution marine, piraterie –, la question de la protection des côtes, que la France a tout intérêt à suivre de près, est la plus épineuse. En cause, les soubresauts liés à « l’affaire Ematum », une opération douteuse par laquelle le gouvernement mozambicain s’est porté garant d’un emprunt de 850 millions de dollars visant à constituer une flotte de chalutiers, qui dissimulait l’acquisition de bateaux de défense et d’armement. Pour une partie des médias d’opposition au Mozambique, la France reste associée au scandale, puisque les navires ont été montés par les Constructions maritimes de Normandie (CMN) basées à Cherbourg, bien que l’Etat français ait toujours nié quelconque implication.
    De forts soupçons de détournements pèsent sur le gouvernement mozambicain, d’autant qu’une partie des bateaux ont été aperçus en cale sèche, inutilisés, dans le port de Maputo, « Dès lors qu’ils nous ont acheté de l’équipement militaire, il faut faire en sorte qu’il serve », ajoute le commandant, venu offrir des pistes de collaborations à la marine mozambicaine. « Or s’ils ont cinq ans pour créer une marine digne de ce nom, il faut qu’ils se dépêchent », précise t-il.
    Ressources gazières
    En jeu : la sécurisation des activités d’extraction du gaz dans le nord du Mozambique, où les géants Anadarko et ENI prévoient de démarrer à l’horizon 2020 l’exploitation des immenses réserves découvertes dans le bassin du fleuve Rovuma.
    Car en dehors d’une riche biodiversité et d’importants stocks de poissons, le canal du Mozambique possède un énorme potentiel énergétique qui en ferait « une prochaine mer du nord en puissance », selon un rapport de l’United States Geological Survey de 2010 (USGS). La France n’est pas en reste puisque des entreprises pétrolières prospectent aux alentours des Iles Eparses depuis 2008. Et selon les études, l’île Juan de Nova, située presque à mi-chemin entre Madagascar et le Mozambique, pourrait renfermer 6 à 12 milliards de barils de pétrole, soit l’équivalent de 10 ans de consommation française.
    Alors que le ministère français de l’environnement vient de renouveler le mois dernier les permis d’exploration des entreprises, la présence avérée de pétrole pourrait pousser Madagascar à réactiver un contentieux de souveraineté qui remonte aux années 1970.
    « Ce n’est pas un sujet avec le Mozambique », affirme Cécile Pozzo-di-Borgo, la préfet des TAAF, qui assure que le contentieux malgache n’a même pas été évoqué au cours de la visite. « Il est clair que la France aurait intérêt à ce que le Mozambique ne se positionne pas dans le cas où Madagascar en viendrait à hausser le ton », décode une diplomate en poste à Maputo.

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