Une entreprise allemande de service de soins à domicile à bas prix, McPflege, a fermé sous la pression d’une polémique sur le risque de dumping des prix et d’une perte de qualité, a déclaré l’un des dirigeants, Norbert Meiner, au quotidien Frankfurter Rundschau paru samedi.
« Nous ne sommes plus disposés à être au centre des discussions » et « la cible d’attaques hostiles massives, » a expliqué M. Meiner. Pourtant, l’offre de l’agence était « sérieuse », a regretté le responsable de la société.
Mais la polémique pourrait ne pas concerner uniquement la politique agressive des prix mais le fait de recourir à de la main d’oeuvre d’Europe de l’est. Un créneau porteur dans un pays vieillissant en manque de personnel qualifié et confronté au travail au noir….
McPflege avait annoncé début août proposer une assistance à domicile entre 1.500 et 1.700 euros par mois, ce qui correspond à un salaire horaire de deux euros. A cela s’ajoute un honoraire annuel de 570 euros pour son rôle d’intermédiaire dans la recherche d’un personnel spécialisé parlant l’allemand, bénéficiant d’une assurance sociale et employé légalement dans les pays d’Europe de l’Est membres de l’UE. En comparaison, il faut compter habituellement jusqu’à 5.000 euros par mois pour une main d’oeuvre locale employée à temps complet sur le marché allemand.
Pour l’heure, le recrutement aurait visé principalement des aides-soignantes hongroises.
Présente à Brême et Cloppenburg (Basse-Saxe), McPflege prévoyaitt d’ouvrir prochainement une filiale à Hambourg (nord) et avait des projets d’expansion à moyen terme sur tout le territoire allemand et dans les pays voisins.
Le concept, qui s’appuie sur la liberté de prestation de services au sein de l’UE, avait été immédiatement critiqué par le corps médical, des syndicats et l’organisation catholique Caritas qui mettent en doute sa légalité et craignent un dumping des prix et une perte de qualité dans un pays où près de deux millions de personnes ont besoin de soins quotidiens.
Rien que l’appellation de l’entreprise -McPflege signifiant MacSoins- fait penser à une chaîne de « fast-food », a réagi Klaus Krüger du syndicat des services Verdi à Brême. Selon lui, restauration rapide suggère « soins rapides ».
« C’est de l’esclavage moderne », s’était insurge le patron de la Fédération allemande des prestataires privés de services sociaux (bpa), Bernd Tems. « D’un point de vue juridique, ce n’est pas conforme », souligne-t-il, énumérant la durée du temps de travail, les congés et « l’absence de contrôle des services publics » en mesure de signaler par exemple des possibles actes de violences sur les patients.
« Il n’y a pas de soins fiables et de haute qualité pour deux euros de l’heure », estime aussi la Fédération des employeurs du secteur médical (AVG).
Selon des estimations, 100.000 femmes d’Europe de l’Est s’occupent de personnes nécessitant des soins dans des familles allemandes, pour la plupart d’entre elles de façon illégale.
Des statistiques qui démontrent « l’état d’urgence » dans la prise en charge des personnes âgées, relève un autre spécialiste, le Munichois Claus Fussek. « Le besoin énorme d’aides-soignants n’est pas couvert pour l’instant », selon lui. Finalement, « les familles ont le choix entre la peste et le choléra », soit en engageant du personnel illégal soit en faisant appel à une agence de médiation « possiblement légale », résume-t-il.
Sur le modèle du congé parental, le gouvernement allemand prévoit un congé légal de six mois pour les personnes actives qui s’occupent eux-mêmes de leurs proches nécessitant une assistance afin de retarder ou d’empêcher un placement en institution.
« Je ne vois pas pourquoi le personnel soignant hongrois ou polonais devrait travailler moins bien que la main d’oeuvre allemande », a rétorqué quant à luiPeter Oberender, expert en matière de santé à l’université de Bayreuth (sud), cité par le magazine Focus.
Car un autre problème majeur pointe à l’horizon. Un débat a actuellement lieu en Allemagne sur une éventuelle ouverture du marché du travail à la main-d’oeuvre d’Europe de l’Est dès 2009, afin de compenser la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.
Mais, cycle quasi-infernal, l’Europe de l’Est souffre également de cette pénurie.
Plusieurs centaines de milliers de personnes ont déjà quitté la Lettonie, la Lituanie et la Pologne et seule l’augmentation des salaires a permis de freiner la tendance en Estonie. Il devient désormais très difficile de trouver des travailleurs qualifiés dans ces pays tant de personnes, attirées par de meilleurs salaires, sont parties à l’étranger.
La Roumanie quant à elle « importe » de la main-d’oeuvre de Chine en vue de résoudre son problème de manque de personnel dans les usines locales….
Les Dieux sont-ils tombés sur la tête ????
Sources : AFP, Courrier International
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